✦ LES HAPPY'Z PRÉSENTENT ✦
Le Grand Livre des Saveurs Oubliées
Chapitre I — Le Voleur de Souvenirs
Passage 4 — La première trace

Rouans, le 31 octobre 2026.
La spirale argentée brillait encore entre les décorations du Village Halloween.
Les cinq HAPPY'Z s'en approchèrent avec prudence.
FLASH fut le premier à vouloir la toucher.
— Attendez ! Et si c'était un message ?
GRIZZ lui attrapa doucement le bras.
— Ou un piège. Tu te souviens ?
— Je me souviens surtout qu'on n'avance pas très vite, répliqua FLASH.
OCTOZ s'accroupit devant le symbole.
La spirale semblait avoir été dessinée par une lumière qui refusait de s'éteindre.
— Elle ressemble à celle qui est apparue dans le ciel de Gourmandia, observa-t-il. Mais celle-ci est beaucoup plus petite.
POPPY regarda autour d'elle.
— Pourquoi le Voleur l'aurait-il laissée ici ?
— Peut-être pour que nous la trouvions, répondit OCTOZ.
COOKIEZ, elle, ne regardait pas la spirale.
Elle avait de nouveau fermé les yeux.
Un parfum flottait dans l'air.
Du beurre.
De la farine légèrement dorée.
Une pointe de vanille.
L'odeur de biscuits tout juste sortis du four.
Mais quelque chose manquait.
Ce n'était pas un ingrédient.
C'était cette sensation de bonheur qui accompagne parfois une recette préparée avec quelqu'un qu'on aime.
— Je reconnais cette odeur, murmura COOKIEZ.
GRIZZ se tourna vers elle.
— Celle de Jeannine ?
— Je crois que oui.
Elle ouvrit sa petite sacoche et en sortit son carnet doré.
Les cinq points lumineux apparus quelques instants plus tôt brillaient toujours sur la couverture.
Mais cette fois, une sixième lumière vacillait faiblement.
COOKIEZ ouvrit le carnet.
Sur une page blanche, une image commença à se former.
Une cuisine.
Une table recouverte de farine.
Une petite fille qui essayait maladroitement d'étaler une pâte à biscuits.
Et près d'elle, une femme qui souriait.
Jeannine.
Enfant.
Avec sa mère.
POPPY s'approcha doucement.
— C'est son souvenir ?
— Une partie seulement, répondit COOKIEZ.
Dans l'image, la petite Jeannine leva les yeux vers sa mère.
— Maman, pourquoi tes biscuits sont toujours meilleurs que les autres ?
Sa mère éclata de rire.
— Parce que tu oublies toujours quelque chose dans la recette !
— Quoi ?
La femme se pencha vers elle.
— Ce qu'on ne peut pas écrire sur un morceau de papier.
L'image trembla.
Une spirale argentée traversa la page.
Le sourire de la mère disparut.
Puis toute la scène s'effaça.
Le carnet redevint silencieux.
POPPY porta une main à son cœur.
— C'était si beau…
— Et quelqu'un a arraché ce qui rendait ce souvenir précieux, murmura COOKIEZ.
OCTOZ réfléchissait.
— Le Voleur n'a pas effacé la scène. Il a séparé le souvenir de l'émotion qui lui donnait toute sa valeur.
GRIZZ fronça les sourcils.
— Mais pourquoi nous montrer cela ?
— Parce qu'il veut peut-être que nous suivions cette piste, répondit OCTOZ.
FLASH observa la spirale.
— Alors il sait que nous sommes ici.
— Oui, dit OCTOZ. Et il sait aussi que nous cherchons Jeannine.
COOKIEZ regarda la page désormais blanche de son carnet.
Quelques mots y apparurent lentement.
« Ce qui manque à la recette n'est pas un ingrédient. »
Elle les lut à voix basse.
Puis referma doucement le carnet.
— Nous devons retrouver ce qu'il lui a pris.
À quelques rues du Village, Jeannine était toujours assise dans sa cuisine.
Devant elle, la vieille boîte en fer bleu.
La recette devenue blanche.
Et cette photographie qu'elle venait de retrouver, glissée sous les papiers au fond de la boîte.
Elle la prit entre ses doigts.
Sur l'image, une petite fille se tenait près d'une femme souriante.
Elle reconnut immédiatement sa mère.
Et la petite fille, bien sûr, c'était elle.
Toutes deux se trouvaient dans leur ancienne cuisine.
Sur la table, un plat de biscuits venait d'être préparé.
Mais un détail attira son attention.
Dans un coin de la photographie, près de la fenêtre, se distinguait une toute petite silhouette.
Jeannine approcha la photo de ses yeux.
— Mais… qu'est-ce que c'est que ça ?
Elle avait déjà vu cette silhouette quelque part.
Dans un rêve ?
Dans une histoire racontée par sa mère ?
Ou bien, il y a très longtemps, dans cette même cuisine ?
Un souvenir lui revint.
Elle devait avoir six ou sept ans.
Sa mère lui avait demandé de surveiller les biscuits pendant qu'elle allait chercher quelque chose dans le jardin.
Jeannine se souvenait d'avoir entendu un petit bruit près de la fenêtre.
Puis d'avoir aperçu une étrange créature.
Une toute petite silhouette qui semblait observer les biscuits avec beaucoup d'intérêt.
Elle avait voulu appeler sa mère.
Mais la créature avait disparu.
Et lorsqu'elle avait raconté cette histoire, sa mère avait simplement souri.
« Certaines choses existent même lorsqu'on ne sait pas encore les expliquer. »
Jeannine resta immobile.
Elle se souvenait de ces paroles.
Elle se souvenait même de la façon dont sa mère les avait prononcées.
Et soudain, quelque chose changea.
Une sensation douce naquit au creux de sa poitrine.
Pas exactement celle de leurs après-midi passés à cuisiner, qui lui manquait toujours.
Une émotion nouvelle.
La tendresse de retrouver, après tant d'années, un petit morceau de la voix de sa mère.
Jeannine porta une main à son cœur.
— Oh, maman…
Pour la première fois depuis le début de cette étrange journée, elle sourit.
Un sourire fragile.
Mais bien réel.
Sur la vitre, la spirale argentée vacilla un instant.
Au Village Halloween, COOKIEZ releva brusquement la tête.
Les cinq points lumineux de son carnet se mirent à scintiller.
Et la sixième lumière, jusque-là presque éteinte, brilla un peu plus fort.
— Quelque chose vient de se passer !
POPPY s'approcha.
— Jeannine ?
COOKIEZ ferma les yeux.
— Elle vient de ressentir une émotion.
GRIZZ sourit.
— Alors nous avons retrouvé ce que le Voleur lui avait pris ?
— Non, répondit COOKIEZ. Ce qu'il a volé est toujours prisonnier quelque part.
Elle posa une main sur son carnet.
— Mais Jeannine vient de créer un nouveau souvenir heureux en retrouvant une parole de sa mère.
OCTOZ observa les lumières.
— Voilà ce que le Voleur n'avait peut-être pas prévu. Il peut emprisonner une émotion, mais il ne peut pas empêcher les humains d'en faire naître de nouvelles.
FLASH leva les bras.
— Alors on peut le battre !
— Peut-être, répondit GRIZZ. Mais nous devons encore retrouver les émotions qu'il a volées.
À cet instant, une ombre passa entre deux décorations.
POPPY fut la première à la remarquer.
— Là-bas !
Les cinq HAPPY'Z se retournèrent.
Personne.
Seulement une petite carte noire posée au pied d'une décoration.
GRIZZ s'en approcha prudemment.
Sur la carte figurait une spirale argentée.
Et quelques mots, tracés d'une écriture fine :
« Vous avez retrouvé une émotion. Combien en faudra-t-il pour ouvrir ma boîte ? »
OCTOZ examina la carte sans la toucher.
— Il nous observe.
COOKIEZ regarda les mots.
— Et il veut que nous pensions que nous jouons selon ses règles.
POPPY fronça les sourcils.
— Mais pourquoi parler de sa boîte ?
OCTOZ réfléchit un instant.
— Dans les anciennes légendes, le Voleur ne détruisait pas les émotions. Il les gardait prisonnières.
GRIZZ se redressa.
— Alors si nous retrouvons cette boîte…
— Nous pourrons peut-être libérer les souvenirs volés, termina COOKIEZ.
FLASH regarda autour de lui.
— Dans ce cas, il faut la trouver !
Mais OCTOZ ne semblait pas rassuré.
— Attention. Nous ignorons encore pourquoi il nous a laissé cet indice.
Il contempla la spirale argentée.
— Et surtout, pourquoi il tient tant à ce que nous découvrions sa boîte.
Dans un endroit sombre, à l'écart de l'agitation du Village, le Voleur de Souvenirs referma lentement sa petite boîte noire.
À l'intérieur, les lumières dorées continuaient de trembler.
L'une d'elles brillait plus intensément que les autres.
Le Voleur l'observa longuement.
Puis il murmura :
— Ainsi, Jeannine se souvient encore…
Il referma ses doigts autour de la boîte.
— Voilà qui complique les choses.
Au-dehors, les rires des enfants résonnaient dans le Village Halloween.
Et pour la première fois depuis son retour, le Voleur sembla hésiter.
À suivre — Passage 5 : La boîte aux souvenirs
