✦ LES HAPPY'Z PRÉSENTENT ✦
Le Grand Livre des Saveurs Oubliées
Chapitre I — Le Voleur de Souvenirs
Passage 5 — La boîte aux souvenirs

Rouans, le 31 octobre 2026.
La petite carte noire reposait toujours au pied de la décoration.
Autour des cinq HAPPY'Z, le Village Halloween continuait de vivre.
Les enfants riaient, les familles se promenaient et les parfums de gourmandises se mêlaient à l'air frais d'automne.
Personne ne semblait avoir remarqué la spirale argentée.
Ni les mots mystérieux inscrits sur la carte.
« Vous avez retrouvé une émotion. Combien en faudra-t-il pour ouvrir ma boîte ? »
GRIZZ observait les alentours avec méfiance.
— Je n'aime pas ça. Il nous laisse des messages comme s'il connaissait chacun de nos mouvements.
— Peut-être qu'il nous regarde en ce moment même, murmura POPPY.
FLASH tourna aussitôt sur lui-même.
— Dans ce cas, qu'il se montre !
— FLASH, soupira OCTOZ, je doute qu'un voleur vieux de trois cents ans sorte de sa cachette parce que tu lui demandes gentiment.
— On peut toujours essayer !
COOKIEZ, elle, réfléchissait.
Une phrase revenait sans cesse dans son esprit.
Combien en faudra-t-il pour ouvrir ma boîte ?
— Il y a quelque chose d'étrange, dit-elle enfin.
Les autres se tournèrent vers elle.
— Le Voleur parle comme si les émotions étaient des objets que l'on pouvait collectionner.
OCTOZ hocha lentement la tête.
— C'est exactement ce que racontent les anciennes légendes.
— Quoi donc ? demanda GRIZZ.
— Il y a trois cents ans, lorsque le Voleur est apparu pour la première fois, les gardiens de Gourmandia ont découvert que les émotions disparues n'étaient pas détruites.
Il marqua une pause.
— Elles étaient enfermées.
POPPY ouvrit de grands yeux.
— Dans sa boîte ?
— C'est possible. Mais les récits ne disent pas comment elle fonctionne.
FLASH regarda la carte.
— Alors il suffit de lui prendre sa boîte !
— Encore faudrait-il le trouver, répondit GRIZZ.
OCTOZ s'accroupit près de la carte noire.
— Et savoir pourquoi il semble vouloir que nous la cherchions.
Un léger souffle traversa le Village.
La spirale argentée dessinée sur la carte se mit à briller.
Puis, sans que personne ne la touche, une minuscule lumière dorée apparut au-dessus du papier.
Elle trembla quelques secondes.
Et disparut.
COOKIEZ porta aussitôt la main à sa sacoche.
Son carnet venait de réagir.
À quelques rues de là, Jeannine avait posé la vieille photographie sur sa table.
Elle ne cessait de regarder la petite silhouette près de la fenêtre.
Elle avait beau chercher dans sa mémoire, elle ne parvenait pas à retrouver son visage.
Pourtant, une certitude grandissait en elle.
Cette créature avait réellement existé.
Et sa mère le savait.
Jeannine retourna la photographie.
Au dos, une inscription presque effacée apparut sous la lumière.
Elle approcha la photo de la fenêtre.
Quelques mots, écrits de la main de sa mère.
« Le jour où Jeannine a rencontré notre petit visiteur gourmand. »
Jeannine sentit son cœur battre plus vite.
— Notre petit visiteur ?
Elle se leva et fouilla de nouveau dans la boîte en fer bleu.
Sous les anciennes recettes, elle trouva une enveloppe jaunie.
À l'intérieur, plusieurs photographies de famille et un petit morceau de papier plié en quatre.
Elle le déplia avec précaution.
C'était une liste d'ingrédients.
De la farine.
Du beurre.
Du sucre.
Des œufs.
Une pincée de sel.
Et, tout en bas, une phrase qui n'avait rien à faire dans une recette :
« Ne jamais oublier d'en garder un pour celui qui veille sur nos souvenirs. »
Jeannine relut ces mots plusieurs fois.
— Maman… qu'est-ce que tu essayais de me dire ?
À cet instant, elle entendit un bruit derrière elle.
Un léger tintement.
Comme une petite cuillère tombant sur une soucoupe.
Elle se retourna.
Personne.
Mais sur le bord de la table, une fine poussière dorée scintillait.
Puis une voix minuscule sembla murmurer :
— Elle n'avait pas oublié.
Jeannine resta figée.
— Qui est là ?
Aucune réponse.
La poussière disparut.
Et l'horloge de la cuisine, arrêtée depuis le matin, émit soudain un petit déclic.
Ses aiguilles avancèrent d'une minute.
11 h 12.
Puis elles s'immobilisèrent de nouveau.
Au Village Halloween, COOKIEZ venait d'ouvrir son carnet.
Une nouvelle image apparaissait lentement sur une page.
Cette fois, il ne s'agissait pas d'une scène entière.
Seulement d'un biscuit.
Un petit biscuit doré, légèrement irrégulier, avec une marque en forme d'étoile.
— Regardez, dit-elle.
POPPY se pencha au-dessus de son épaule.
— C'est un biscuit ?
— Oui. Mais je crois qu'il est important.
OCTOZ observa attentivement le dessin.
— Une étoile à cinq branches…
GRIZZ fronça les sourcils.
— Comme nous cinq ?
— Peut-être, répondit OCTOZ. Mais ne tirons pas de conclusions trop vite.
FLASH leva un doigt.
— Moi, j'ai une question beaucoup plus importante.
— Laquelle ? demanda POPPY.
— Est-ce qu'on peut le manger ?
GRIZZ secoua la tête.
— C'est un dessin, FLASH.
— Je sais. Je demandais au cas où.
Malgré l'inquiétude, POPPY ne put retenir un sourire.
COOKIEZ referma doucement son carnet.
— Ce biscuit est lié à Jeannine. J'en suis certaine.
— Alors nous devons découvrir pourquoi, répondit GRIZZ.
OCTOZ regarda les visiteurs du Village.
— Nous ne connaissons pas son adresse. Mais nous savons quelque chose sur elle.
— Qu'elle aime les biscuits ? proposa FLASH.
— Qu'elle possède une ancienne recette familiale, répondit OCTOZ. Et qu'un biscuit particulier semble avoir traversé les générations.
POPPY observa une grand-mère qui partageait une gourmandise avec son petit-fils.
— Peut-être que quelqu'un connaît cette recette.
COOKIEZ réfléchit.
— Ou peut-être que quelqu'un possède un souvenir qui lui ressemble.
Elle s'approcha des visiteurs.
Pour la première fois, les HAPPY'Z allaient devoir demander de l'aide à ceux qu'ils étaient venus protéger.
Un peu plus loin, une petite fille observait les décorations du Village.
Elle tenait la main de son grand-père.
— Papi, pourquoi tu souris chaque fois que tu sens les biscuits ?
Le vieil homme baissa les yeux vers elle.
— Parce que ça me rappelle ma maman.
— Elle faisait des biscuits ?
— Oh oui ! Et elle me laissait toujours goûter le premier, même quand il était encore trop chaud.
La petite fille éclata de rire.
— Comme toi avec moi !
— Exactement.
COOKIEZ, qui passait à proximité, s'arrêta.
Une minuscule lumière dorée venait de naître entre le grand-père et sa petite-fille.
Elle s'éleva doucement dans les airs.
Invisible aux yeux des humains.
Mais parfaitement visible pour les HAPPY'Z.
POPPY la contempla avec émerveillement.
— C'est magnifique…
— Un souvenir partagé, murmura COOKIEZ.
La lumière brilla davantage lorsque le grand-père poursuivit son histoire.
Puis elle disparut en direction du ciel.
Vers Gourmandia.
OCTOZ suivit sa trajectoire du regard.
— Voilà ce que le Voleur ne comprend pas.
GRIZZ sourit.
— Que les souvenirs peuvent continuer à vivre ?
— Mieux que cela, répondit OCTOZ. Qu'en les racontant, les humains peuvent faire naître de nouvelles émotions.
FLASH regarda les familles autour de lui.
— Alors il y en a partout !
— Oui, répondit COOKIEZ. Et c'est précisément pour cela que nous devons les protéger.
Mais soudain, son sourire disparut.
Au milieu des lumières dorées qui naissaient dans le Village, une autre venait d'apparaître.
Plus pâle.
Presque grise.
Elle flottait à contre-courant des autres.
Et semblait attirée vers un endroit précis.
Derrière les décorations.
Là où la spirale argentée avait été découverte.
Les cinq HAPPY'Z suivirent discrètement cette étrange lumière.
Elle avançait lentement, comme si quelque chose l'appelait.
GRIZZ marchait en tête.
POPPY restait près de COOKIEZ.
FLASH, pour une fois, ne disait rien.
Quant à OCTOZ, il observait chaque mouvement de la lumière.
— Ce n'est pas un souvenir ordinaire, murmura-t-il.
— Pourquoi ? demanda GRIZZ.
— Les émotions heureuses rejoignent naturellement Gourmandia. Celle-ci semble attirée ailleurs.
La lumière grise s'arrêta soudain.
Devant eux, sur une petite table abandonnée derrière une décoration, se trouvait un objet.
Une boîte.
Noire.
Petite.
Avec une serrure argentée.
FLASH ouvrit de grands yeux.
— On l'a trouvée !
GRIZZ tendit immédiatement le bras pour l'empêcher d'avancer.
— Personne ne touche à rien.
COOKIEZ s'approcha prudemment.
La boîte ressemblait exactement à celle que le Voleur tenait entre ses mains.
Mais quelque chose était étrange.
Elle ne dégageait aucune chaleur.
Aucune odeur.
Aucune émotion.
Seulement un silence profond.
POPPY murmura :
— Vous croyez que tous les souvenirs volés sont là-dedans ?
OCTOZ ne répondit pas.
Il s'accroupit devant l'objet.
La serrure argentée portait le symbole de la spirale.
Et juste au-dessous, une inscription était gravée :
« Pour ouvrir ce qui est fermé, il faut d'abord comprendre ce qui a été perdu. »
FLASH se pencha.
— Ça veut dire quoi ?
— Je ne sais pas encore, répondit OCTOZ.
COOKIEZ ouvrit son carnet.
Le dessin du biscuit étoilé brillait désormais d'une lumière intense.
Puis une nouvelle image apparut.
Une petite main d'enfant.
Une boîte bleue.
Et cinq biscuits disposés en cercle.
Au centre, un sixième biscuit.
Celui qui portait une étoile.
COOKIEZ retint son souffle.
— Ce n'est pas seulement une recette…
OCTOZ observa l'image.
— Qu'est-ce que tu veux dire ?
Elle releva les yeux.
— Je crois que la mère de Jeannine préparait ces biscuits pour quelqu'un.
Avant qu'elle puisse poursuivre, un déclic retentit.
La serrure de la boîte noire venait de bouger.
Toute seule.
Une voix grave s'éleva derrière eux.
— Vous commencez enfin à comprendre.
Les cinq HAPPY'Z se retournèrent.
Au bout de l'allée, une silhouette sombre se tenait immobile.
Son visage demeurait caché sous une capuche.
GRIZZ se plaça immédiatement devant ses compagnons.
— Le Voleur de Souvenirs…
La silhouette inclina légèrement la tête.
— Vous avez suivi mes indices. Comme je l'espérais.
POPPY serra les poings.
— Rendez les émotions que vous avez volées !
Un rire discret résonna sous la capuche.
— Vous croyez vraiment qu'il suffit d'ouvrir une boîte pour rendre aux humains ce qu'ils ont perdu ?
OCTOZ observa l'objet posé sur la table.
Puis la silhouette.
— Ce n'est pas votre véritable boîte, n'est-ce pas ?
Le Voleur resta silencieux.
Un instant.
Puis il répondit :
— Voilà une question intéressante.
La boîte noire se mit à trembler.
Sa serrure s'ouvrit brusquement.
Mais à l'intérieur, il n'y avait aucune lumière dorée.
Aucun souvenir.
Seulement un petit miroir.
Et dans ce miroir…
Le visage de Jeannine.
Assise dans sa cuisine.
Tenant la photographie de sa mère.
COOKIEZ sentit son cœur se serrer.
— Jeannine…
Le Voleur s'approcha d'un pas.
— Vous cherchez mes souvenirs prisonniers, petits gardiens.
Il désigna le miroir.
— Mais vous devriez peut-être commencer par comprendre pourquoi cette femme est si importante.
Puis la silhouette disparut dans un tourbillon de poussière argentée.
La boîte se referma.
Et le miroir devint noir.
Pendant quelques secondes, aucun HAPPY'Z ne parla.
FLASH fut le premier à rompre le silence.
— Bon… je crois qu'on vient de rencontrer quelqu'un d'encore moins sympathique que GRIZZ quand il a faim.
— FLASH ! protesta GRIZZ.
Mais COOKIEZ ne souriait pas.
Elle regardait toujours la boîte.
Puis le dessin du biscuit étoilé dans son carnet.
Et une question venait de naître dans son esprit.
Et si Jeannine n'avait pas été choisie au hasard ?
À suivre — Passage 6 : Le secret de Jeannine
Pourquoi la mère de Jeannine préparait-elle un biscuit supplémentaire ? Qui était la mystérieuse petite silhouette présente sur la photographie ? Et quel lien unit cette famille aux anciens gardiens de Gourmandia ?
Certains secrets traversent les générations… même lorsque les souvenirs s'effacent.
