✦ LES HAPPY'Z PRÉSENTENT ✦
Le Grand Livre des Saveurs Oubliées
Chapitre I — Le Voleur de Souvenirs
Passage 3 — La Porte des Deux Mondes

Rouans, le 31 octobre 2026.
Il était presque midi lorsque les cinq HAPPY'Z posèrent pour la première fois les pieds dans le monde des humains.
Derrière eux, la Porte des Deux Mondes se referma dans un léger souffle doré.
Devant eux, le Village Halloween s'animait.
Des enfants déguisés couraient entre les décorations. Des familles se retrouvaient, des amis échangeaient des plaisanteries et de délicieuses odeurs flottaient dans l'air.
POPPY ouvrit de grands yeux.
— C'est magnifique ! Regardez toutes ces couleurs !
FLASH, lui, avait déjà disparu derrière une décoration.
— FLASH ! appela GRIZZ. Nous venons à peine d'arriver !
— Je vérifie les environs ! répondit une voix lointaine.
— Il vérifie surtout s'il y a quelque chose à goûter, soupira OCTOZ.
COOKIEZ ne riait pas.
Elle avait fermé les yeux.
Au milieu des parfums de chocolat, de biscuits et de confiseries, elle percevait autre chose.
Une absence.
Comme une note manquante dans une mélodie familière.
— Quelque chose ne va pas, murmura-t-elle.
POPPY se rapprocha.
— Qu'est-ce que tu ressens ?
— Les saveurs sont toujours là. Mais certains souvenirs qui devraient les accompagner ont disparu.
GRIZZ observa les visiteurs.
— Pourtant, tout le monde semble heureux.
— C'est justement ce qui rend ce voleur si dangereux, répondit OCTOZ. Il n'emporte pas les personnes ni les objets. Il vole ce qui donne du sens à certains moments de leur vie.
COOKIEZ pensa immédiatement à Jeannine.
À sa vieille boîte bleue.
À la recette devenue blanche.
À cette femme qui se souvenait du visage de sa mère, mais plus de la tendresse de leurs après-midi passés ensemble.
— Nous devons la retrouver, dit-elle.
OCTOZ observa un instant la Porte des Deux Mondes, qui venait de disparaître derrière eux.
— Quelque chose me préoccupe, déclara-t-il.
GRIZZ se tourna vers lui.
— Quoi donc ?
— Dans les anciennes légendes de Gourmandia, le passage entre les deux mondes ne s'ouvrait que lorsque leur équilibre était menacé. Mais personne n'a jamais expliqué qui pouvait provoquer son ouverture.
POPPY fronça les sourcils.
— Tu penses que le Voleur l'a ouverte ?
— Je n'en sais rien, répondit OCTOZ. Mais le Grand Livre nous a prévenus qu'il connaissait notre arrivée.
— Alors pourquoi nous laisser entrer ? demanda GRIZZ.
OCTOZ regarda les visiteurs qui circulaient devant eux.
— C'est précisément ce qui m'inquiète.
À quelques rues de là, Jeannine était toujours dans sa cuisine.
Elle avait tenté de reprendre ses occupations, sans succès.
Sa recette avait disparu.
L'horloge refusait de redémarrer.
Et cette spirale argentée continuait de briller sur la vitre, malgré les coups de chiffon qu'elle lui avait donnés.
— Eh bien, si c'est une plaisanterie, elle commence à durer ! déclara-t-elle.
Elle s'assit devant sa vieille boîte bleue.
Un détail lui revint soudain.
Lorsqu'elle était petite, sa mère lui racontait parfois une histoire avant de dormir.
Une histoire de cinq petites créatures qui protégeaient les souvenirs heureux.
Jeannine avait toujours cru qu'il s'agissait d'un conte inventé pour elle.
Mais ce matin-là, elle n'en était plus si certaine.
Elle ouvrit de nouveau la boîte.
Cette fois, quelque chose brillait sous la feuille blanche.
Une minuscule poussière dorée.
Puis une deuxième.
Elles se rassemblèrent lentement pour former cinq points lumineux.
Jeannine retint son souffle.
Une voix familière, presque oubliée, sembla résonner dans sa mémoire.
La voix de sa mère.
« Quand tu ne retrouveras plus le chemin de tes souvenirs, suis ceux qui savent encore les protéger. »
Jeannine ferma les yeux.
Elle aurait voulu entendre cette voix une seconde fois.
Mais le silence revint.
Au Village Halloween, COOKIEZ s'arrêta brusquement.
Une douce lumière venait d'apparaître sur la couverture du carnet doré qu'elle avait emporté de Gourmandia.
Cinq petits points lumineux s'y dessinaient, semblables à ceux qui venaient d'apparaître dans la boîte bleue de Jeannine.
— Regardez !
OCTOZ s'approcha.
— C'est un appel de souvenir.
— De Jeannine ? demanda POPPY.
— Très probablement.
COOKIEZ posa une main sur son carnet.
— Elle essaie de nous retrouver.
FLASH, revenu de son exploration, regarda les cinq lumières.
— Alors allons-y !
— Nous ne savons même pas où elle habite, répliqua GRIZZ.
— On pourrait demander aux gens !
OCTOZ leva les yeux vers les visiteurs qui circulaient dans le Village.
— Pour une fois, FLASH, ce n'est peut-être pas une mauvaise idée.
— Pour une fois ? répéta FLASH, faussement vexé.
POPPY sourit, mais son expression redevint vite sérieuse.
— Les humains ne peuvent pas tous voir Gourmandia. Comment pourraient-ils nous aider ?
— Ils n'ont pas besoin de voir notre royaume, répondit OCTOZ. Ils ont quelque chose que le Voleur ne comprend peut-être plus.
— Quoi donc ? demanda GRIZZ.
— La capacité de partager leurs souvenirs.
— Une personne seule peut oublier un détail, poursuivit OCTOZ. Mais lorsqu'un souvenir est partagé, quelqu'un d'autre peut parfois en conserver une trace. Une odeur, une parole, un geste… C'est ainsi que les souvenirs traversent les générations.
COOKIEZ regarda les familles autour d'elle.
Une mère ajustait le costume de son enfant.
Deux amies riaient en se rappelant une ancienne fête.
Un grand-père racontait une histoire que sa petite-fille semblait connaître par cœur.
Tous ces instants nourrissaient Gourmandia.
Et tous pouvaient être menacés.
— Alors nous devons leur faire confiance, dit COOKIEZ.
Elle regarda les cinq lumières qui brillaient sur son carnet.
— Si les souvenirs deviennent plus forts lorsqu'ils sont partagés, alors peut-être que les humains peuvent nous aider à retrouver ceux qui ont été volés.
POPPY leva les yeux vers les visiteurs qui franchissaient l'entrée du Village.
— Tous ces gens pourraient nous aider ?
— Peut-être, répondit OCTOZ. Mais ils devront d'abord comprendre ce qui se passe.
GRIZZ croisa les bras.
— Et comment leur expliquer que quelqu'un vole les émotions de leurs souvenirs ?
FLASH observa les familles qui passaient devant eux.
— On pourrait commencer par leur raconter notre histoire !
Les quatre autres se tournèrent vers lui.
— Quoi ? demanda FLASH. C'est une bonne idée, non ?
COOKIEZ sourit.
— Oui, FLASH. Et peut-être que certains accepteront même de nous aider à chercher les traces laissées par le Voleur.
POPPY regarda de nouveau l'entrée du Village.
— Alors ils ne seront plus seulement des visiteurs…
— Ils deviendront les témoins de notre aventure, acheva COOKIEZ.
Un peu plus loin, dissimulée derrière les ombres du Village, la silhouette au manteau sombre observait la scène.
Elle tenait toujours sa petite boîte noire.
À l'intérieur, les lumières prisonnières tremblaient faiblement.
Une voix étouffée sembla s'échapper de la boîte.
— Pourquoi eux ?
La silhouette effleura le couvercle du bout des doigts.
— Parce qu'ils croient encore que les souvenirs appartiennent à ceux qui les ont vécus.
Elle tourna lentement la tête vers les visiteurs.
— Ils apprendront bientôt que certaines histoires ne doivent jamais être réveillées.
Puis elle ouvrit légèrement la boîte.
Une petite lumière dorée s'en échappa.
Elle traversa l'air comme une luciole, passa entre les décorations et disparut au milieu du Village.
Là où elle se posa, une spirale argentée apparut.
COOKIEZ releva brusquement la tête.
— Vous avez senti ?
POPPY acquiesça.
— Comme un parfum sucré… puis plus rien.
OCTOZ observa les alentours.
Un léger reflet argenté venait d'apparaître entre deux décorations, à l'endroit même où le parfum avait disparu.
Il s'approcha et reconnut aussitôt le symbole.
Une spirale.
La même que celle qui était apparue dans le ciel de Gourmandia.
— Le Voleur nous a laissé une trace, murmura-t-il.
GRIZZ se redressa.
— Un piège ?
— Peut-être, répondit OCTOZ. Mais c'est aussi notre premier indice.
COOKIEZ regarda une dernière fois les cinq points lumineux de son carnet.
Quelque part à Rouans, Jeannine attendait sans le savoir leur aide.
Et dans le Village, un souvenir venait peut-être d'être abandonné volontairement.
Les HAPPY'Z n'avaient plus le choix.
Ils devaient suivre cette trace.
Leur enquête venait véritablement de commencer.
Mais avant de partir, OCTOZ prononça une dernière phrase :
« Méfiez-vous de ce qui brille. Dans cette histoire, même les souvenirs peuvent mentir. »
À suivre — Passage 4 : La première trace
